Leg’s Go, toujours plus loin … avec votre soutien

Jeudi passé dans l’émission, je recevais Tanguy Verheyden, Chargé de communication pour l’asbl Leg’s Go. Nous lui avons dans un premier temps demandé de nous présenter son parcours.

Tanguy : J’ai eu un accident de travail il y a environ un an et demi, ça commence un petit peu à dater mais pour l’amputation, je commence seulement à aboutir à la fin de ma reconstruction et être à l’aise avec ça. Ma rencontre avec Luc (Ndlr:Huberty, à la base du projet Leg’s Go), date d’il y a un an à peu près, j’étais encore en centre de revalidation. Il m’a parlé de son asbl dont le but est de remettre des amputés au sport via l’achat de lames de course ou de chaises type handbike.

Quand tu dis être à l’aise, c’est avec le processus qui a suivi l’amputation ou aussi dans la société où le regard sur le handicap peut être difficile ?

Tanguy : J’ai commencé par être en centre de revalidation, donc un milieu purement hospitalier avec des gens qui avaient des AVC, Sclérose en plaques, amputation, énormément d’amputations de jambes dues soit au diabète, soit à un accident de moto ou de voiture. Donc la première chose à faire, c’est d’être à l’aise avec soi-même, avec son image, quand du jour au lendemain on passe d’avoir ses quatre membres à se retrouver devant le miroir avec une partie manquante, ça fait bizarre. Il faut s’habituer à ce nouveau corps, cette nouvelle image de soi. Ensuite, une fois qu’on est à l’aise avec son corps, il faut accepter le regard des autres qui parfois n’est pas un regard de méchanceté ou de peur mais plutôt d’incompréhension, de mauvaise connaissance. Des gens nous regardent et viennent imposer leur aide sans chercher vraiment à la proposer, sans considérer la personne comme un citoyen normal mais plutôt comme un handicapé pur et simple. Ils ont tendance à infantiliser les gens plutôt que proposer leur aide de manière tout à fait normale comme on la proposerait entre personnes « normales ». C’est quelque chose qu’on essaie de changer, informer les gens, ce n’est pas parce qu’on a un handicap qu’on est des moins que rien ou qu’on demande à être mis sur un piédestal mais simplement être inclus dans la société de manière normale, pour faire du sport, pour pratiquer des loisirs, ne plus être mis sur la touche.

tanguy-studio

On parle souvent de l’importance de l’inclusion plutôt que l’adaptation. Être tous au même niveau et c’est aussi important de faire passer le message de considérer la personne et lui demander si elle a besoin d’aide et comment on peut l’aider.

Tanguy : Oui car mine de rien on a toujours notre tête, notre esprit, et on a toujours notre fierté personnelle donc venir nous imposer son aide ça peut parfois être mal perçu et rejeté. Moi si j’ai un problème, je n’ai aucun souci à aller demander de l’aide à quelqu’un mais quand on me l’impose en me disant « Tu ne seras pas capable », sans même me laisser essayer, ça me vexe. Il faut respecter les gens.

Il y a des gens qui ne sachant pas comment réagir choisissent la mauvaise option et font plus de mal qu’autre chose, il ne faut donc pas hésiter à poser la question, discuter tout simplement car c’est comme cela qu’on déconstruit les clichés.

Tanguy : Oui. C’est ce qui crée souvent une situation de problème, ça part toujours d’une bonne intention mais qui est mal interprétée dans l’action.

Au centre de revalidation tu as donc rencontré Luc Huberty qui t’as fait connaître le projet Leg’s Go, peux-tu nous le présenter ? Quel en est l’objectif ?

Tanguy : Au travers de l’Asbl, on est principalement actifs sur pas mal de joggings, on a également des courses emblématiques comme les 20 Km de Bruxelles, le triathlon de la Gilleppe, là on organise vraiment un parrainage et on essaye de former des équipes entre d’une part, une personne amputée et d’autre part, des accompagnateurs pour éviter de se faire percuter durant les courses ou pour accompagner. Par exemple, aux 20 Km de Bruxelles, on a un souci de foule et les gens ne voient pas forcément ceux en chaise donc on mets des personnes comme « bodyguards, comme protection » . Autre exemple, au triathlon de la Gilleppe, moi je ne savais pas faire de vélo donc j’avais une coéquipière qui a fait la partie vélo et moi j’ai fait la natation et la course à pied. On a aussi une école de course. Sur les joggings, on a des stands d’information pour notamment démystifier le handicap par rapport aux autres coureurs. On va également rencontrer les centres de revalidation, des écoles, des écoles de devoir pour essayer de parler à un maximum de gens et démystifier l’amputation.

Sur le site internet de l’asbl on peut également retrouver des portraits de personnes de l’asbl ou aidées par l’asbl ?

Tanguy : Oui, pour le moment, nous avons 6 personnes appareillées en prothèses par l’asbl. On a également des personnes demandeuses d’une prothèse de course ou d’une chaise de course donc on fait un dossier de candidature, on vérifie les motivations de la personne via un entretien et si elle est déterminée on l’accompagne, on lui propose une prothèse d’essai pour quelques semaines ou quelques mois et ensuite on la guide. J’en parlais plus tôt, on a aussi une école de course dans l’asbl où on se réunit entre amputés avec des professeurs pour faire ses débuts et appréhender la course de façon à être plus à l’aise.

Tu parles de prothèse de course, peux-tu expliquer la différence ?

Tanguy : Pour donnée une idée des prothèses de course, l’exemple le plus connu est Oscar Pistorius. Une prothèse de marche normale est composée d’une cuisse, d’un genou, d’un tibia et d’un pied articulé électroniquement mais ça ne permet pas de faire de la course à pied pur et simple donc pour cela on utilise des lames de course, c’est une lame courbée qui est rattachée au moignon de la personne amputée et qui lui sert de jambe de course. Malheureusement, ce genre de matériel n’est pas remboursé par les mutuelles, ni par les assurances, c’est considéré comme un luxe et c’est à charge de la personne amputée. Pour une personne amputée tibia, donc en dessous du genou, on est a plus ou moins 5.000€ de frais. Pour une personne amputée fémoral, donc au niveau de la cuisse, on peut monter jusqu’à 15.000€ donc c’est quand même une grosse somme pour pouvoir pratiquer un loisir. Personnellement, quand j’étais au centre de revalidation, j’avais une heure de sport programmée par jour et j’en faisais trois ou quatre car je sentais qu’il y avait quelque chose qui devait sortir, une énergie, une rage, et je parvenais à me libérer grâce au sport donc je suis devenu accro et maintenant je fais tout, natation, jogging, j’ai même réadapté mon vélo pour pouvoir en refaire. J’ai refait du Paddle également, on pourrait se dire que c’est impossible à une main mais je le fait, ça marche moins bien, c’est drôle pour les autres, mais moi je me suis éclaté quand je l’ai fait. Pour les personnes amputées, souvent c’est grâce au sport qu’on arrive à se reconstruire et à récupérer une image positive de soi.

tanguy

Et quand les gens te disent que c’est formidable que tu fasses tout cela parce que tu as été amputé, comment est-ce que tu le vis ?

Tanguy : Quand je me suis fait amputer, deux choix se sont offerts à moi, soit je restais dans ma chambre et je me lamentais sur mon bras qui était parti ou je me rendais compte de la chance que j’avais eu de m’en sortir et je profitais de cette deuxième chance à fond car mon bras n’allait pas repousser donc il fallait que je m’adapte à ce nouveau corps, à cette nouvelle vie. Au début, j’ai mille questions qui me sont passées par la tête. Savoir comment la société allait me regarder ? Comment j’allais être vu par mes amis ? Est-ce que j’allais retrouver du travail ? Comment est-ce que ça allait se passer avec les filles tout simplement ? Et finalement, je me suis rendu compte dehors qu’il n’y avait aucune gêne, la personne la plus embêtée avec ça, c’était moi. Je me mettais un frein alors que les gens sont assez ouverts d’esprit, il n’y a généralement pas de problème.

Et maintenant le sport reste aussi important ?

Tanguy : Le sport sera toujours quelque chose de positif, nous on le fait par passion. Avant, j’avais quelque chose à sortir de moi mais maintenant au sein de l’asbl j’ai trouvé une bande de copains, ce n’est pas du tout une asbl pour le profit, c’est une famille donc c’est toujours un plaisir de se retrouver sur les courses et les événements.

Comment peut-on soutenir Leg’s Go ?

Tanguy : En allant sur le site internet de l’asbl, en faisant un don sur le compte bancaire ou en achetant un textile. On a des t-shirts, des pulls, des couvres-cou, des vestes, des équipements de Triathlon, de Cyclisme. Les gens peuvent aussi venir nous soutenir sur les différentes courses, par exemple aux 20 Km de Bruxelles, on a besoin de pousseurs pour accompagner les personnes en chaise, on a besoin d’accompagnateurs pour nous protéger. Donc on peut donner un peu de son temps et pour nous ce soutien est incroyable.

Comment s’est passé la campagne de Cap48 qui est une grosse campagne avec une grande médiatisation ?

Tanguy : On a été contactés mi-octobre et au début on n’y croyait pas. On a commencé par faire une campagne de pub via des capsules vidéos montrées durant la soirée. Il y a eu les interviews radio, le passage en plateau durant la soirée. Au début, je le prenais un peu à la rigolade puis au moment de passer en plateau avec toutes ces personnalités, le public etc je rigolais un peu moins mais ça c’est très bien passé. C’était très positif, j’ai pu montrer à mes proches et tout ceux qui me soutiennent depuis le début que j’ai repris ma vie en main, je suis même plus actif, c’est une belle leçon.

Un dernier mot sur Leg’s Go et ses actualités ?

Tanguy : Nous préparons une soirée avec le Lion’s Club de Spa au Casino de Spa le 10 mars. Les 23 et 24 juin prochain, on organise les 25 heures vélos. Venez nous soutenir, faites des dons, videz vos poches. Sans les personnes valides qui sont entrées dans l’asbl et qui viennent nous soutenir et donner de leur temps sur les événements notamment, sans toutes les personnes du Comité d’Administration, etc moi je n’en serais pas là.

N’hésitez donc pas à vous rendre sur le site de l’association et à soutenir les actions de Leg’s Go.

Justine

Advertisements

One thought on “Leg’s Go, toujours plus loin … avec votre soutien

  1. Ping : Leg’s Go, toujours plus loin … avec votre soutien | Mes coups de coeur

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

You are commenting using your WordPress.com account. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

You are commenting using your Facebook account. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

You are commenting using your Google+ account. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s