TEFF – Antonio Centeno « La culture est un moyen très important pour changer le regard sur les choses »

Yes-we-fuck-AfficheDurant The Extraordinary Film Festival, nous avons rencontré le réalisateur espagnol, Antonio Centeno. Il était venu présenter son documentaire « Yes, we fuck ! », réalisé avec Raul de la Morena et qui a remporté le Grand Prix du Jury – Long-métrage. Antonio Centeno est un activiste pour la défense des Droits de l’Homme, il défend notamment le droit à une vie indépendante.

Antonio Centeno : Je fais partie d’un mouvement social pour une vie indépendante. C’est un mouvement international qui est né aux États-Unis à la fin des années 60, début des années 70. C’est un activisme classique pour les Droits de l’Homme. Nous pensons que la culture est un moyen très important pour changer le regard et les valeurs sur la réalité de la diversité fonctionnelle.

Parce que sans changer cela, c’est impossible de changer la manière dont on nous traite et dont on nous permet de vivre. Dans les faits, dans les écrits on reconnaît nos droits mais dans la réalité c’est plus difficile à appliquer car on nous voit et on nous traite majoritairement comme des enfants et c’est à cause de cela que nous n’avons pas une vie indépendante et que nous vivons dans nos familles ou enfermés dans des institutions. Nous pensons que si nous pouvons changer le regard sur la diversité fonctionnelle nous pourrons rompre cette dynamique d’infantilisation de notre personne

Le handicap est parfois un sujet tabou mais la sexualité des personnes en situation de handicap l’est encore plus.

Antonio centenoOui, je pense que la question de la sexualité est difficile, pas seulement pour des personnes en situation de handicap mais pour tout le monde non ? C’est un thème difficile, pratiquement tout le monde à des difficultés avec cette question, avec son propre corps, son image. Comment construire quelque chose à travers le désir et le plaisir.

Nous vivons dans un monde avec d’un coté la vision de Disney dès qu’on est tout jeune et de l’autre côté le porno qui donne de mauvaises informations et on croit que la sexualité est seulement un pratique telle qu’on la voit dans le porno où seul un type de corps sont validés au travers de la pratique sexuelle. Un seul type de plaisir… un seul type de désir. Il faut donc changer le regard que l’on a sur le sujet pas seulement pour les personnes avec une diversité fonctionnelle mais pour que tout le monde ait de meilleures vies.

Dans votre documentaire, vous n’évoquez pas seulement le sujet de la sexualité mais vous montrez tout, était-ce un choix ?

Oui tout à fait, nous ne voulions pas seulement être didactique et expliquer mais montrer, créer une situation de choc pour faire réfléchir le public sur les stéréotypes qu’il peut avoir sur cette réalité. C’est pareil avec le choix du titre et le langage utilisé, nous voulons amener le public à se demander si vraiment ce qu’il pensait est correct plus que seulement expliquer comment se passent les choses

Quelles sont les réactions du public ?

En générale, très positives. On sent d’un côté que ce qu’ils voient les surprennent et de l’autre côté, on a une réaction d’empathie, d’identification par rapport aux choses évoquées dans le documentaire. La plupart de notre public n’est pas en situation de handicap mais se reconnaît dans cette recherche du désir, par rapport à son propre corps, à son plaisir. Ce sont des situation de conflit que tout le monde a déjà vécues à un moment de sa vie et beaucoup de gens s’identifient donc à ce qui est montré dans le documentaire.

Comment avez vous rencontré les protagonistes de ce documentaire ?

P1020492Une des difficultés les plus importante était que les gens acceptent de montrer leur sexualité, leur intimité, leur corps et donc la seule manière de construire cela était avec des personnes qui ont déjà une complicité. Donc la plupart des protagonistes sont des camarades d’activisme avec qui une relation de confiance existe déjà. Ce sont des personnes concernées par le sujet mais il fallait cette confiance car on aime parler, c’est facile, mais montrer, c’est un pas de plus.

Selon vous, quelle est l’importance d’un festival comme celui-ci ?

C’est très important pour la visibilité, ce qui n’est pas vu, c’est comme si ça n’existait pas. Et donc c’est très important d’avoir cet espace. Ces espaces sont plus que nécessaires et ils doivent rester ouverts avec un esprit d’auto-critique, avec une attention à ne pas véhiculer des stéréotypes. Le fait qu’un tel festival ait le courage de montrer un documentaire comme celui que j’ai fait parle bien de cet esprit de faire les choses

Y a-t-il d’autres sujets sur lesquels vous souhaiteriez faire un documentaire ?

Je ne me consacre pas au monde de l’audio-visuel, plutôt à celui de l’activisme. J’ai néanmoins réalisé un film de fiction qui a été montré au festival de San Sebastian, a Montpellier, à Toulouse, à Nantes et dont la thématique est à nouveau la diversité fonctionnelle et l’assistance sexuelle. Et nous allons aussi faire un programme sur la diversité fonctionnelle pour la télévision publique à Barcelone, où nous allons mêler documentaire et fiction pour pouvoir traiter ces sujets de manière à toucher un public le plus large possible.

Vous pouvez retrouver l’interview d’Antonio Centeno en podcast via ce lien et vous aurez plus d’informations sur son documentaire via le site internet qui lui est consacré.

Justine

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