TEFF – Hugo Horiot : «  J’étais agréablement surpris de voir toute la qualité qu’il y a au niveau de ces films »

Hugo HoriotDurant The Extraordinary Film festival, nous avons également pris le temps de discuter avec le comédien et écrivain français Hugo Horiot, membre du jury. Son premier livre, autobiographique, « L’empereur, c’est moi » est sorti en 2013, suivi en 2016 par « Carnet d’un imposteur ». Son troisième livre sortira bientôt et il ne s’agira pas cette fois d’une autobiographie mais plutôt d’un manifeste politique sur la question des atypismes, de l’autisme et aussi des handicaps.

Hugo Horiot : je suis particulièrement concerné par ces questions là car j’ai moi-même été ghettoïsé et beaucoup stigmatisé dans mon existence puisque je suis membre du spectre de l’autisme.

Comment l’équipe du festival est venue vers vous pour vous demander de rejoindre le jury de cette édition ?

Luc Boland m’a directement contacté via les réseaux sociaux. C’est vrai qu’aujourd’hui, les réseaux sociaux sont souvent une arme de résistance pour toutes les personnes concernées. Donc c’était tout d’abord une rencontre virtuelle qui s’est transformée aujourd’hui en amitié réelle. Quand je suis arrivé ici, j’étais agréablement surpris de voir toute la qualité qu’il y a au niveau de ces films qui sont souvent relativement invisibles puisque les diffuseurs sont assez réticents par rapport à cette thématique là. Aujourd’hui, il commence à y avoir un mouvement comme une sorte de révolte qui commence a gronder grâce aux réseaux sociaux.

C’est important d’avoir ce type de festival ?

C’est très important parce que ce sont des thématiques tellement ignorées qu’il faut le faire pour montrer aussi que le mainstream s’en occupe quelque part. Le public est au rendez-vous car chacun est concerné. L’atypisme, le handicap, etc. ce sont un ensemble de minorités qui additionnées font finalement qu’il s’agit de la majorité de l’humanité. Donc il faut montrer cela pour que le mainstream soit obligé d’y prêter attention. Dans les médias, vous avez très peu de représentation des personnes en situation de handicap ou avec un atypisme. En France, c’est à peu près 0,7%. C’est très rare de rencontrer un journaliste ou un chroniqueur qui est lui-même concerné par quelque chose de cet ordre là. En Belgique, c’est à peu près pareil. Déjà là, on voit qu’il y a une forme de rejet institutionnel, culturel de la différence et ça pose une vraie question qui est « Quel monde voulons-nous ? ». C’est-à-dire qu’on a une société qui est axée sur la contrainte de normalité et une norme qui est basée sur des critères totalement arbitraires dans lesquels personne ne peut s’y retrouver vraiment et je crois beaucoup plus à une société basée sur la différence, basée sur l’ensemble de ces spécificités. Toutes les personnes qui vont s’écarter de ce moule, on a tendance à ne les voir que par rapport à ce qu’elles ne pourront jamais faire, par rapport à ce qui leur fait défaut et on néglige toutes leurs qualités comme si une personne handicapée ou atypique était nécessairement moins compétente qu’une autre. Il est évident qu’il va y avoir des choses qu’on ne pourra pas faire mais il y a aussi surtout des compétences qu’on va avoir et parfois même qui vont être supérieures à la moyenne parce que justement des fois elles sont soit les conséquences directes d’un atypisme, ou alors des fois aussi, par l’adversité qu’impose une situation de handicap, il y a une volonté beaucoup plus grande qui forge le caractère.

On parle de normes, il y a aussi le rôle de l’industrie du cinéma qui caste régulièrement des personnes valides pour jouer des personnages en situation de handicap.

Bien sûr, on voit dans certains films que pour jouer une personne porteuse d’un handicap ou d’un atypisme, on va prendre surtout une personne qui n’est pas concernée pour jouer cette personne là mais c’est le reflet du monde politique. Quand les affaires politiques sont décidées, ce sont des commissions qui se réunissent, en général régentées par des lobbys qui sont pour l’institutionnalisation et on va décider du destin de ces gens là. Par exemple en France, on a maintenant un ministère de l’égalité homme-femme, imaginez si ce ministère était tenu par un homme, ce serait inconcevable. Et bien finalement, pour tout ce qui est lié au handicap ou aux spécificités, c’est pareil. On voit donc, en effet, des choses comme cela dans le cinéma et j’en sais quelque chose puisque j’ai été sollicité un jour pour jouer un rôle d’un personnage autiste, dans les rares productions françaises où on sollicite cela, et on ne m’a pas gardé parce que je n’étais « pas assez autiste » pour le rôle et finalement, on a pris un comédien qui n’a rien à voir avec cette spécificité là.

Geneviève Clay-Smith parlait également de la société qui tend à dire aux parents qu’ils ne doivent pas avoir de trop hautes attentes pour leur enfant.

Bien sûr et en effet, du coup, les parents par réaction à ce monde qui rejette leur enfant vont se retrouver, en étant vampirisé par cette société, dans une sur-protection et une sur-méfiance par rapport à tout ce qui peut arriver, et ça peut tout à fait se comprendre dans un monde hostile à la différence. Ils se demandent : « Que va-t-il arriver à mon enfant quand je ne serais plus là ? » et aucun de ces parents et aucun des enfants d’ailleurs n’ont envie de vivre dans une institution toute leur vie, loin du monde, loin des autres. Des fois mêmes les personnes concernées vont se retrouver vampirisées, à force d’être bridées, elles vont se sentir incapables de faire quoi que ce soit. C’est comme le proverbe d’Einstein, si vous jugez un poisson rouge sur son aptitude à grimper à un arbre, il pensera qu’il est stupide toute sa vie. Mais par contre, allez mettre le singe ou le tigre dans l’eau et là, c’est le poisson rouge qui s’en sort. Ben dans le handicap ou dans les spécificités, c’est exactement pareil.

Et nous avons également discuté avec Hugo Horiot de son rôle de « porte-parole » en tant que personnalité publique.

C’est vrai qu’avec la publication de mes auto-biographies, je suis dans une vocation universelle. Il y a aussi, bien sûr, un souci littéraire derrière tout ça, parce que finalement, ce dont je parle, la spécificité et le rejet, c’est quelque chose d’universel car ça peut être vécu par n’importe qui, qu’il soit dans l’étiquette « autisme » ou pas. Donc finalement, par l’autisme, je m’attaque à des thèmes qui résonnent mais qui concernent l’ensemble du genre humain. Donc pour moi c’est important, en effet, de porter ce message là car c’est un message qui est un véritable problème sociétal et on a un choix à faire. Étant donné que je me retrouve dans une position médiatique de par mes productions littéraires ou théâtrales, pour moi c’est important d’utiliser les médias quand on en a l’occasion puisque c’est le contre-pouvoir, c’est important de les utiliser pour porter des causes qui me tiennent à cœur.

Pour l’autisme, il y a une problématique par rapport au rejet qui est qu’on va quand même les rejeter mais parfois la part handicapante de l’autisme va pouvoir être invisible, sauf qu’elle est bien réelle, donc ça peut créer un malentendu. J’aurais plutôt tendance à dire que l’autisme c’est une spécificité qui certes va se révéler handicapante dans un monde qui la rejette par contre pour le coup, l’autisme n’est pas un handicap en soi. On sous-estime à quel point c’est la société qui peut se rendre handicapante et donc elle va s’handicaper elle-même en mettant des gens dans une situation d’éternels assistés ou de prise en charge.

C’est aussi une question de vocabulaire où la société va être le handicap ?

Bien sûr, et qui va générer des handicaps après pour plein de personnes qui à la base ne seraient pas vraiment concernées. Par exemple, vous faites des immeubles ou des métros qui ne sont pas accessibles et qu’un jour vous devez prendre le métro avec une poussette, vous vous retrouvez en situation de handicap parce que vous perdez toute autonomie, vous êtes obligé de demander l’aide de personnes pour franchir les escaliers ou les portillons alors qu’à la base, vous n’êtes pas dans un handicap physique à proprement parler mais vous allez vous retrouver dans une situation de handicap au même titre qu’une personne qui va être en fauteuil à ce moment là.

Il faut faire attention à ne pas réduire l’autisme à des modèles particuliers. L’autisme c’est extrêmement large, mais après il y a quand même des points communs. C’est vrai qu’il y a quelque part, un autisme par autiste mais on pourrait dire la même chose de l’ensemble des gens. Après, il y a entre toutes ces spécificités là des points communs, des passerelles qui se rejoignent mais s’il va y avoir des personnes qui vont avoir plus ou moins de problèmes pour accéder à une autonomie pour des gestes simples, d’autres pour qui ça va s’arranger plus ou moins, d’autres qui vont avoir une appétence pour le langage, qu’ils vont développer et d’autres, des fois qui ne parleront jamais de leur vie. Et ça ne veut pas dire qu’ils ont forcément besoin de parler parce qu’il s’avère que, si on regarde le spectre autistiques, es fois les autistes qui ont les intelligences les plus surprenantes dans certains domaines, ce ne sont pas forcément les plus bavards et ce ne sont pas forcément les autistes les plus verbaux.

À la fin de sa conférence, Josef Schovanec a dit que « la chance » des autistes aujourd’hui est qu’il n’existe pas encore de test de dépistage avant la naissance, qu’en pensez-vous ?

Je suis totalement d’accord et je m’aligne totalement dans cette position. Je compte d’ailleurs beaucoup parler du thème de l’eugénisme dans mon prochain livre. En fait, quand une variété du genre humain est systématiquement appréhendée par la société comme une charge, à partir du moment où on est capable de détecter cette spécificité génétique in utero, l’eugénisme s’occupe du reste. On va éradiquer ces personnes là. La France peut se targuer du plus grand taux d’extermination de la population trisomique puisqu’on est à un taux d’extermination de 97%. Donc, en effet, je crois que l’autisme est tellement appréhendé par la société comme étant une charge, et certains parlent même d’éradiquer l’autisme et le même noir sur blanc dans les statuts de leurs associations, ça existe, que je pense en effet que la population autiste doit « sa survie » au fait qu’il n’y ait pas de dépistage in utero pour l’autisme. Une de mes plus grandes craintes est que ça arrive un jour parce qu’on voit bien que l’ensemble des recherches sont systématiquement orientées vers cette direction là, or ne faudrait-il pas orienter les budgets de la recherche des solutions pour trouver des sociétés inclusives et vers comment arriver à trouver les qualités des personnes qui n’ont pas forcément accès au verbe et à la communication parce que là on se prive également de beaucoup de potentiel car on a une société qui est basé sur le verbe, le paraître et l’image. Donc parfois, on ne va même pas voir les personnes qui ne savent pas communiquer de cette façon comme des êtres pensants, or on découvre parfois, via des logiciels, une véritable richesse et des regards qu’on a pas.

N’hésitez pas à retrouver l’interview de Hugo Horiot en podcast via ce lien. Hugo Horiot qui sera présent en Belgique le 22 avril prochain lors de la journée de sensibilisation de Lucie’s Smile Asbl, une journée dont nous vous reparlerons en temps et en heure.

Justine

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