Grégory De Lepeleere – Avancer assis: « Il ne faut jamais abandonner »

26943015_10215721460528283_102547103_nEn chaise roulante depuis 7 ans et demi, quand un camion l’a éjecté de son véhicule sur l’autoroute, Grégory De Lepeleere est marié depuis bientôt 20 ans et papa de 5 enfants. Encouragé par les personnes qui le suivent sur les réseaux sociaux, il s’est lancé dans l’aventure littéraire avec « Avancer assis », son premier livre. Nous avons profité de l’événement « Move Together » à Bruxelles pour le rencontrer.

Grégory : Lors de mon accident, je me suis retrouvé sur la troisième bande de l’autoroute avec une élongation de la colonne vertébrale. Quand on voit les photos, on a l’impression que c’est un fracture mais ce n’est qu’une élongation qui fait cependant que je suis paraparétique et en chaise roulante depuis.

Tu as donc commencé à en parler et cela s’est poursuivi par l’écriture ?

Ma vie a changé du tout au tout en quelques secondes. Je n’ai jamais perdu conscience donc j’ai compris très vite que mes jambes ne fonctionnaient plus. Dans l’ambulance, j’ai un peu perdu conscience et puis je me suis réveillé, ma femme était déjà à l’hôpital. Et oui, on se rend compte que sa vie a changé et qu’il va falloir trouver d’autres priorités. On s’en rend compte assis vite, il m’a fallu quelques semaines pour écrire les premier statuts Facebook où je voulais rassurer les amis qui n’étaient pas encore venus me voir à l’hôpital et ainsi de suite. Et puis très vite, on voit la vie autrement et on s’attarde un petit peu sur la vie des gens. On partage son vécu, le vécu de choses qu’on a vues au journal télévisé et ainsi de suite. J’écrivais des statuts Facebook plus ou moins longs, que les gens lisaient, car les gens ne lisent plus beaucoup mais des fois je mettais vraiment de grosses tartines et j’avais des retours. C’était des gens que je connais forcément qui me disaient que je devrais écrire un livre et j’y ai pris goût. Il faut savoir que je ne suis pas un champion du monde en orthographe donc l’écriture n’était pas quelque chose qui me venait d’office à l’esprit. Et puis on y travaille, on se fait aider aussi, c’est important. Là, on m’a dit que je devrais faire un blog et là ce n’est plus des gens que je connais mais des inconnus qui sont venus me dire que ce que j’écrivais les touchait beaucoup et les interpellait et que je devrait écrire un livre. Au début, on n’y fait pas attention puis c’est 10 personnes qui vous le disent, puis 100 personnes, puis un peu plus encore et de fil en aiguille, on voit qu’on est lu dans plein de pays du monde entier, au Canada, des pays pas forcément francophones, et les gens réagissent vraiment en disant que ça leur fait du bien ce que j’écris. Donc voilà, on se lance, on cherche comment publier son livre et le livre en papier m’a permis de d’avancer assis.

26815240_10214741102337757_3163866316185517757_nAlors le livre parle du handicap mais pas que.

Non effectivement et d’ailleurs, des gens se sont « plaints » que je ne raconte pas mon accident dans le livre. On comprend que j’ai eu un accident car je le dis mais les causes, le pourquoi, la période de l’hôpital, j’en parle très peu, juste dans un texte où je voulais rendre hommage aux infirmières de nuit, mais toutes les infirmières en général aussi, parce que je leur en ai fait voir déjà et parce que c’est un métier qui est extra-ordinaire. C’est plus qu’un travail, c’est une vocation. Mais oui, j’ai 5 enfants, les choses de la vie me touchent, le monde qui m’entoure me touche énormément et j’avais envie d’en parler. Les attentats à Bruxelles aussi, j’aime Bruxelles, j’aime mon pays et on y touche, donc j’ai écris sur Bruxelles. Mais il y avait aussi le sujet de l’Islam du coup qui se portait, je suis chrétien moi-même donc je devrais être opposé totalement à ça mais je n’avais pas envie de m’opposer, je n’avais pas envie d’avoir des ennemis, donc j’ai essayé de comprendre ce que nous on avait raté dans l’intégration. J’ai donc écrit tout un passage sur ma vision à moi et sur les attentats, c’était Charlie Hebdo à ce moment là. J’avais envie de partager ça mais jamais en étant dans le jugement. Je parle aussi du fait d’abandonner, on a tous envie d’abandonner, moins valides comme valides. Quand je travaillais, j’en avais ras-le-bol des fois, je voulais tout lâcher. J’ai fait deux textes, « Tout lâcher » et « Je n’abandonne pas » qui se mettent l’un en face de l’autre mais sans se contredire. Il y a des moments dans la vie où on a la force et on veut tout casser et à d’autres moments, on en peut plus et on veut tout lâcher. Bon, je pense quand même qu’il ne faut jamais abandonner et ne pas lâcher prise.

Tu le disais plus tôt, tu as 5 enfants dont la petite dernière qui est arrivée après l’accident et qui n’a donc connu son papa qu’« avancer assis » ?

Exactement. Ce qui s’est passé, pour être très clair, au début j’étais paralysé du nombril jusqu’au orteils et donc au milieu, il y a quelque chose qui ne fonctionnait plus donc je ne savais plus aller aux toilettes, je devais me sonder et ainsi de suite. J’ai été voir l’urologue car un jour ma vessie a refonctionné et je me suis réveillé un matin avec « l’étendard levé ». On est content quand même car c’est important la sexualité dans la vie et puis pour mon épouse aussi, mais on se demandait quels allaient être les moyens contraceptifs, si ma femme devait reprendre la pilule, etc. L’urologue ma dit « Monsieur avec ce que vous avez eu, il y a peu de chance que vous retombiez papa. Honnêtement, pour moi, il n’y a pas de souci ». Hélas, non pas hélas, heureusement, mais au début je ne l’ai pas pris comme ça, neuf mois après, ma fille était là. Ma femme me l’avait annoncé mais elle avait peur elle-même car quand on a été valide, avec le handicap on se dit qu’on ne va pas gérer, qu’elle va avoir un papa en chaise roulante, etc. mais au fond elle s’en fout. Elle a son papa et oui, il est en chaise roulante. Maintenant, elle a 5 ans, elle fait des réflexions parfois mais pas plus que ça. C’est moi qui l’ai élevée car ma femme a dû reprendre des études et ma fille se porte très très bien et pour elle, le handicap c’est « no souci » !

Pour revenir du côté littéraire de la chose, tu as aussi collaboré à un autre live ?

Oui, j’ai fait le SLAR qui est un salon notamment sur les accidentés de la vie, avec d’autres auteurs qui écrivent des thrillers, de la fiction, de l’heroic fantasy, mais il y a beaucoup d’auteurs qui ont vraiment eu des accidents de la vie avec des femmes qui ont été persécutées, battues, violées mais aussi des SDF, etc. Ils avaient fait un concours sur la résilience, le fait de rebondir après un accident, une rupture, un décès, etc. et ils ont choisis 5 nouvelles dont la mienne et là c’est vraiment un livre témoignage où j’explique l’avant accident, quand j’étais commercial, le jour de l’accident et l’après, comment j’ai rebondis et je me retrouve aujourd’hui à avoir publié « Avancer assis ».

Est-ce que l’aventure de ton premier livre t’as donné envie d’une suite ?

J’ai toujours été créatif et oui, ça fourmille tout le temps. Maintenant, le problème quand on a beaucoup d’idées est de les mettre dans un carcan et de les structurer. « Avancer assis » ne sera pas mon seul et unique fait d’arme. Ici, j’ai envie de faire une BD sarcastique pour m’amuser, encore une fois sur le handicap mais pas que car je n’ai pas envie de me cantonner que au handicap. J’ai envie que les personnes valides voient le handicap d’un autre œil, de façon positive. Ça s’appellera probablement « Les proverbes et citations cons » donc, je vais prendre une citation très belle et très vraie mais je vais la détourner pour dire que si elle n’est pas dans la bonne situation, c’est complètement débile. Il y aura aussi un roman mais alors cette fois une pure fiction.

Que dire à un-e jeune auteur-e qui a envie de se lancer ?

Si la personne a envie, tout est possible. Il faut se donner la force, le courage et l’envie d’y aller. Si on aime écrire, pourquoi s’arrêter. L’idée d’un blog est aussi une bonne idée. Alors oui, on ne va pas se mentir, les gens lisent de moins en moins mais on ne fait pas ça pour en vendre 5000. moi, ce qui m’intéresse, c’est que la personne qui achète mon livre et le lis, me donne un retour, qu’elle ai aimé ou pas, ça arrive. Pour le moment, j’ai de la chance, je n’ai pas eu de mauvais retours mais je m’y attends, c’est logique. Mais, il faut vraiment se lancer et après, il y a 1001 façons de se faire éditer.

Vous pouvez vous procurer le livre « Avancer assis » via ce lien et retrouver l’interview complète de Grégory en audio via ce lien.

Justine

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