Jeux Paralympiques d’hiver 2018, rencontre avec Eléonor et Chloé Sana

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Eléonor Sana (c) Justine Pecquet

Depuis plusieurs jours, je vous parle des Jeux Paralympiques d’hiver qui auront lieu à PyeongChang, en Corée du Sud, du 9 au 18 mars. Mercredi, avait lieu la présentation de l’équipe belge et hier, les athlètes se sont envolés pour PyeongChang afin de rejoindre le Chef de Mission. Ce samedi, rencontre avec Eléonor et Chloé Sana, les « sœurs de glisse ».

Pour rappel, j’avais déjà eu la chance de rencontrer Eléonor à Bruxelles en février, une interview à retrouver ici.

Comment vous sentez-vous à quelques jours du départ ?

Eléonor : Je suis un petit peu stressée car je ne sais pas trop à quoi m’attendre . Il y a quand même beaucoup de pression même si on nous dit qu’il n’y en a pas, mais au fond, on sait très bien qu’on nous la met un peu quand même. Il y a des objectifs à atteindre et c’est pour cela qu’on y va donc un petit peu stressée mais quand même très impatiente.

Justement, quels sont les objectifs ?

Eléonor : J’aimerais une médaille, qu’importe la couleur de la médaille. J’aimerais donner mon maximum et montrer qu’en Belgique, on est capable aussi.

Quelles sont les compétitions où vous avez vos meilleures chances ?

Eléonor : On va participer à tout ce qu’on peut participer mais on est attendues dans la Descente et le Super G donc ce sont les deux premiers jours de course, les 10 et 11 mars.

Qu’est-ce que cela représente de participer à ces Jeux ?

Eléonor : Je ne sais pas encore trop dire pour l’instant car je ne l’ai pas encore vécu. Je pense que c’est une expérience unique et c’est sûr que c’est quelque chose que l’on ne vit pas tous les jours. C’est dingue qu’on puisse y aller et en plus en famille, donc c’est génial.

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Seppe Smith et Elénor Sana                (c) Justine Pecquet

On vient d’apprendre que tu seras porte-drapeau belge lors de la cérémonie d’ouverture, qu’est-ce que cela représente pour toi ?

Eléonor : C’est un grand honneur. Je représente la Belgique, c’est un énorme honneur, c’est dingue, c’est trop chouette. On va pouvoir profiter de ce moment mais pas trop quand même car le lendemain, on a une course et il faut quand même qu’on se repose aussi.

Tu aurais imaginé cela, il y a quelques années car le ski pour vous deux c’est assez récent ?

Eléonor : Oui, je termine ma quatrième saison, avant je faisais de la gym. J’ai toujours fait du ski avec mes parents, j’ai passé mon ourson puis je n’ai plus rien passé du tout. En commençant le ski, avec notre coach Stefan, il a fallu tout réapprendre parce qu’on skiait comme des touristes et le ski de tourisme et le ski de compétition, ce n’est pas la même chose du tout.

Est-ce que c’est un plus d’avoir ta sœur comme guide ou est-ce que cela aurait été plus facile avec un.e autre guide ?

Eléonor : Non, c’est sûr que c’est un plus car dès le début, je savais que je pouvais avoir confiance en elle donc on a beaucoup plus vite pu apprendre de nouvelles choses et progresser. Quand on a des coups de mou, on est là, l’une pour l’autre et je n’ai pas peur de lui dire Chloé avance alors que avec quelqu’un que je ne connais pas, j’aurais certainement eu plus de mal au début et ça aurait pris plus de temps avant de se mettre en place.

Avec Chloé vous vous parlez beaucoup sur la piste ?

Eléonor : Oui, elle m’annonce à chaque fois qu’il y a une porte, elle me dit les difficultés qu’il y a sur la piste, quand la neige change, quand il y a un changement de pente, etc.

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Chloé Sana (c) Justine Pecquet

Comment échangez-vous entre vous pendant la course ?

Chloé : Moi je lui dit « hop » en fait. Ça ne représente rien du tout pour vous, mais pour Eléonor, c’est vraiment le moment où elle sait qu’elle doit faire son virage. Quand je prends mon appui à chaque piquet, je dis « hop » et elle sait qu’elle doit faire la même chose. Après, quand il y a des difficultés sur la piste, je le dis mais on essaye de faire des mots vraiment courts pour ne pas se fatiguer de un et pour ne pas qu’on confonde avec autre chose. Ça c’est vraiment difficile car, ok on a des écouteurs et un micro, mais on ne s’entend pas toujours très bien et on confond encore toujours des mots. Donc, on a trouvé des petits mots comme banane, double, etc.

Qu’est-ce qui t’a poussé à te lancer avec ta sœur ?

Chloé : C’était du hasard. Eléonor a été à une journée de détection et j’ai été avec pour skier, juste comme ça et puis on m’a demandé de me mettre devant elle et d’essayer de la guider. Et à la fin de la journée, on lui a dit qu’elle ferait un stage et que je serais sa guide.

Comment est-ce que tu perçois ce rôle de guide qui n’existe pas dans le sport traditionnel et qui, ici, est un rôle super important mais malgré tout un peu dans l’ombre quand même ?

Chloé : Oui, c’est vrai mais dans le monde du paralympique, on est toutes les deux récompensées. On monte sur le podium ensemble, on reçoit les mêmes récompenses, les mêmes médailles. Tout en fait, c’est Eléonor l’athlète mais je fais aussi partie de l’équipe et je fais partie du binôme d’Eléonor.

En terme de préparation, vous faites également tout à deux ?

Chloé : Oui, c’est cela. On a entraînement physique à deux. Oui on fait vraiment tout à deux, on dors à deux, …

En tant que guide, qu’est-ce que vous devez toujours avoir en tête ?

Chloé : Ben en fait, je dois avoir tout le temps en tête que Eléonor est derrière moi et ne pas oublier ça car on ne peut pas avoir deux portes d’écart entre nous deux, sinon on est disqualifiées, cela voudrait dire qu’elle peut faire la piste toute seule. Et donc, il faut vraiment que je fasse attention à comment je skie, à annoncer à Eléonor ce qui se passe et à être sûre que Eléonor me suit toujours. C’est vraiment compliqué mais c’est ça qui est chouette aussi.

Cela a-t-il eu un impact sur votre lien entre sœurs ?

Chloé : Oui, car on ne s’entendait pas très bien avant et maintenant, on passe beaucoup de moments ensemble donc ça s’est beaucoup amélioré.

Techniquement, qui décide de la vitesse à laquelle vous allez et du rythme que vous prenez ?

Eléonor : C’est un peu toutes les deux car il y a des fois où je demande à Chloé d’accélérer, des fois où elle ne sait pas accélérer, où que je lui demande de ralentir donc ça dépend un peu des deux. Il y a des fois où moi j’ose et elle un peu moins, des fois où elle ose et pas moi et donc elle doit m’attendre, c’est pour ça que c’est un binôme en fait, il n’y a pas de personne qui décide.

Qui est la plus casse-cou des deux ?

Eléonor : Chloé !

Chloé : Euh … ça dépend…

Eléonor : Moi je pense que c’est Chloé, car c’est elle qui a le plus de difficultés. D’accord, je ne vois pas très bien mais Chloé, elle doit s’occuper d’elle, de ce qui arrive devant elle, de moi qui suis derrière et en plus m’annoncer ce qui se passe. Donc, moi je pense que celle qui a le plus de mérite entre nous deux, c’est elle.

Chloé : Ça je ne dirais pas quand même mais plus casse-cou, moi je dirais Eléonor, elle fonce plus, elle ose plus. Je pense que le fait de ne pas y voir aussi l’aide car elle ne voit pas le danger alors que mois je pense à tout ça.

Eléonor, peux-tu expliquer ta catégorie ?

Eléonor : Il y a trois catégories chez les malvoyants, les B1, B2 et B3. Les B1 sont les aveugles complets, ils skient avec un masque noir pour être sûr qu’ils soient tous à égalité, moi je suis en B2, je vois mieux que les B1 évidemment et il y a les B3 qui eux, sont top niveau, ils voient « presque bien » mais bon ça reste très très mauvais mais c’est mieux que moi. Sur une piste, on peut dire que je vois la première porte et encore, ça dépend. Mon coach met des portes fluo donc je les vois mieux. En fait, il me faut beaucoup de contraste donc les gens qui skient en blanc, Chloé sait qu’elle doit s’arrêter quasiment pour ne pas que ça m’inquiète. Je vois beaucoup mieux de l’œil droit que de l’œil gauche, mon œil gauche, je ne l’utilise pas, ça me fatigue plus qu’autre chose. En fait, je vois comme à travers un paquet de céréales vide, donc très flou et pas net du tout mais je ne m’en rends pas compte parce que je suis née comme ça et j’ai toujours vu comme ça, donc c’est ma normalité.

Sur place, à PyeongChang, vous aurez l’occasion de prendre connaissance avec la piste et de vous entraîner plusieurs fois ?

Chloé : En fait, on y a déjà été l’année dernière car il y avait des Coupes du Monde à PyeongChang. Cette fois-ci, on y va une semaine avant pour s’acclimater, on a trois entraînements de descente et notre coach nous fait deux ou trois jours d’entraînement sur une autre piste. Comme ça, on s’acclimate déjà avec la neige, la température, etc.

Le statut d’athlète paralympique, c’est différent du statut d’athlète olympique ?

Eléonor : C’est sûr, on entend bien moins parler de nous que des athlètes olympiques. La Belgique n’est pas un pays où le sport est vraiment mis en avant. En plus le paralympique, c’est encore pire et le sport d’hiver, ça devient une catastrophe donc évidemment, il n’y a pas énormément de médias qui sont venus vers nous en trois ans, mais bon, on s’en est sorties quand même. C’est sûr que ce n’est pas la même chose que l’olympique parce que nous n’avons pas la même visibilité en fait, c’est tout ce qui nous différencie en fait. Donc il y a moins d’argent mais je pense que ce n’est pas forcément négatif parce que du coup pour les compétitions, il n’y a pas de stress, tout le monde est copain avec tout le monde parce qu’il n’y a pas d’argent en jeu. Nous on gagne des boîtes à « meuh ». Ben … tu gagnes une boîte à « meuh », je n’en gagne pas, ben allais tant pis, quoi ! C’est pas grave, donc l’ambiance est meilleure et on s’entend mieux, de ce qu’on nous a dit.

Les premières courses d’Eléonor et Chloé sont programmées dès le début des Jeux, retrouvez ci-dessous le programme des Belges, également disponible sur le site du Belgian Paralympic Committee.

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Demain, rencontre avec Jasper Balcaen et lundi, je vous proposerais l’interview de la maman d’Eléonor et Chloé.

Justine

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