« En karaté, on dit qu’il faut prendre soin de son corps pour que son âme ait envie d’y rester »

28537257_10216129130759784_1739380732_nDébut mars, je recevais dans l’émission, Franck Duboisse, champion de Para-Karaté et l’un des 20 athlètes élites de la Ligue Handisport Francophone, aux côtés de Joachim Gérard ou encore Eléonor Sana.

Franck : Cela peut paraître prétentieux mais ça parlera plus aux gens, je suis un peu le Federer du Para-Karaté. J’ai gagné à peu près tout ce qu’on peut gagner dans cette discipline sur la planète. J’ai été 4 fois Champion du Monde, 4 fois Champion d’Europe, j’ai gagné beaucoup d’Open. C’est mon sport référence et je le pratique en chaise.

Comment peut-on présenter ce sport aux personnes qui ne le connaissent pas ?

Franck : Moi, j’essaie de ne pas trop le présenter comme un sport adapté même si la réalité veut qu’on adapte puisqu’il y a des chaises, voire des chaises électriques ou même des personnes avec un handicap cognitif, ayant un handicap mental. Maintenant, je dis toujours que c’est un art martial avant toute chose et donc le but du jeu c’est de faire un combat avec les outils dont on dispose en tant que personne en situation de handicap selon l’environnement physique ou mécanique. On fait les gestes techniques du Karaté, sans se servir des jambes bien sûr, mais néanmoins on bloque, on frappe dans plusieurs sens, avec la main à plat, le poing fermé, on fait des clés, on attrape un bras, on tord, … il y a toute une série de choses à faire.

D’un autre côté, tu fais également du Sledge hockey.

Franck : Oui tout à fait, j’ai cette caractéristique redoutable d’être un sportif à deux casquettes, je pratique un sport d’hiver et un sport d’été. Comme beaucoup comprendront, ma vie c’est à peu près entre 20 et 30h de sport semaine que je donne cours ou que je pratique. Je fais donc aussi du Para-Ice Hockey et je joue chez les Phantoms à Anvers, alors que j’aimerais bien jouer à Liège dans la magnifique patinoire adaptée que nous avons. Il y a beaucoup de joueurs de l’équipe nationale à Anvers, la Belgique est dans le groupe C, donc le troisième groupe mondial de cette discipline. On essaie de développer la discipline en Belgique et aux Pays-Bas. Le Para-Ice hockey, c’est plus costaud comme discipline mais c’est une discipline entière, c’est un sport de contact et donc, on sent qu’on est vivant. On essaie de se projeter vers des choses où certain.e.s pourraient se dire qu’ils n’est pas possible qu’une personne en situation de handicap fasse cela, et bien si ! Moi, j’aime bien ce genre de défi là. Il y a des coups autorisés, d’autres non, la tension monte parfois entre les joueurs mais ça fait partie du sport de haut niveau. Mais il est aussi possible de jouer de façon plus tranquille.

Alors pourquoi Anvers ? Quel est le problème à Liège pour que le sport ne s’y développe pas ?

Franck : Je ne pense pas que le souci soit l’accès à la patinoire, à la Médiacité, depuis les parkings avec les ascenseurs, tout est à plat. La patinoire est full accessible, on a une des plus belles patinoires du nord de l’Europe en terme d’accessibilité. Si on est chaisard, on sait passer de sa chaise à la luge de sledge, monter sur la glace car tout est de plain-pied, aller dans les vestiaires avec sa luge, les douches sont accessibles, … Mais à Liège, force est de constater qu’on ne trouve pas des gens avec le culot, la volonté de dire oui, je suis en situation de handicap mais je vais faire quelque chose qui est dur. On n’est pas des plantes dans des pots, on a de l’ambition. Je me dis « Où sont ces personnes ? Où est leur envie de sortir de cette bulle de confort » dans laquelle ils sont et qui est en même temps une prison. Fais éclater cette prison, viens avec nous, viens voir, viens simplement jouer, prendre soin de ton corps et puis petit à petit faire des choses de plus en plus dures, de plus en plus ambitieuses et petit à petit évoluer dans un monde différent de celui dans lequel ces personnes évoluent pour le moment.

En Para-Karaté, le constat est similaire. Le souci qu’on a là, c’est quand on doit faire venir les gens dans le Dojo. On a un super Dojo à Blegny, également full accessible, à plat, WC accessibles, vestiaires accessibles, donc on sait pratiquer sans le moindre problème. Maintenant, à la décharge un peu du public en situation de handicap, des fois il n’y a pas les moyens de se déplacer. Avec le programme filles du samedi matin, on a décider de rembourser des frais de déplacement et du coup, on a une dizaine de filles présentes et contentes de participer à l’initiative. Le Para-karaté marche bien parce que les ¾ du temps je me déplace en institution et là, ils sont demandeurs. 65, 70% de nos pratiquants, c’est en institution.

La valeur ajoutée que nous avons, nous athlètes de haut niveau, est de dire aux gens « Viens avec moi, je te prends par la main et je vais t’expliquer comment on fait notre sport ». Après, si tu as envie tu fais de la compétition mais ce n’est pas obligé. La plupart des personnes qui font du sport avec nous, ne font pas de la compétition, la compétition n’est pas un but en soi. Le sport sert d’abord à s’amuser, prendre soin de soi et après, si tu as envie de te frotter aux autres, tu le fais et si tu n’as pas envie, ce n’est pas obligé du tout.

10917859_1526080580992339_2374609743854463738_nEt les effets bénéfiques de l’activité sportive ne sont plus à démontrer ?

Franck : Il y a de la littérature sur le sujet et on ne saurait même pas la caser dans le studio ici tellement on sait aujourd’hui que le sport est un soin. D’ailleurs, je me suis aussi occupé pendant 5 ans d’un programme de fitness pour des personnes qui ont la sclérose en plaques et quand on a lancé cette initiative, on l’a rapidement dit avec les médecins partenaires : le sport est un soin ! À ce titre là, on ne veut pas que en tant que soin, ce soit les patients qui prennent à charge leur pratique sportive. On essaye donc de nous financer par d’autres canaux. On réagit donc comme la sécurité sociale devrait le faire et on se dit, au Para-Karaté Wallonie Bruxelles et au Para-Ice Hockey, que ce n’est pas grave, qu’on va jouer le rôle de sécurité sociale et les gens payent entre 20 et 40€ par an pour venir avec nous. Malgré cela, on a du mal à convaincre les gens de venir se bouger avec nous.

Le Karaté n’est pas un sport Paralympique, pourrait-il le devenir ?

Franck : C’est une possibilité. La Fédération Mondiale est entrain d’œuvrer à cela avec un dossier pourri selon moi. Fidèle à mon habitude, je leur ai donc dit et ils n’ont pas aimé. Il se fait qu’on a en Belgique, avec l’IKF, une catégorisation magnifique en Para-Karaté qui reprend 25 catégories : 6 catégories de chaise, 3 catégories handicap mental, etc. Mais la Fédération Mondiale est partie sur un autre cheval de bataille où elle fait une seule catégorie de chaise et donne des points de compensation. C’est une catastrophe monumentale, ce n’est pas du tout représentatif de ce que les uns ou les autres, en fonction de leur handicap, savent faire dans une chaise ou debout. Le dossier à été déposé mais on leur a demandé de le retravailler. Donc si tout va bien et qu’on peut déposer à nouveau le dossier dans les temps, on peut espérer être à Paris 2024.

L’interview complète de Franck Duboisse est à retrouver en podcast via ce lien, une interview clôturée avec ces mots : « En karaté, on dit qu’il faut prendre soin de son corps pour que son âme ait envie d’y rester ».

Pour toutes les infos sur le Para-Karaté Wallonie Bruxelles vous pouvez vous rendre sur ce site

Justine

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