Rencontre avec Stéphane Willems, Directeur de trois Services d’Accueil de Jour pour Adultes

35515040_10217036567645139_1552477716538720256_nStéphane Willems est directeur de trois services d’accueil de jour pour personnes qui présentent une déficience intellectuelle. Il y a peu, je l’ai reçu dans Cap ou Pas Cap pour nous présenter ces structures.

Stéphane : Ces trois structures se situent sur la région liégeoise. Il y en a une à Waremme (Le Long Champ), une à Herstal (Érable Génération) et une à Jupille (Le Chêne). Depuis pratiquement deux ans, nous avons pris le billet de travailler en consortium, il regroupe onze services directement agréés et subsidiés par l’AVIQ. Nous œuvrons ensemble afin de mutualiser les ressources, principalement humaines, afin de créer des projets, de nouvelles activités et d’offrir une diversité plus importante au profit des bénéficiaires et des personnes que nous accompagnons. Ce consortium œuvre de la toute petite enfance jusqu’aux personnes adultes dont nous avons la charge dans les trois structures d’accueil de jour, mais aussi dans des services d’accompagnement ou de placement familial.

C’est une envie de rassembler plutôt que dédoubler les services pour une meilleure efficacité.

Stéphane : Voilà, on doit innover, c’est quelque chose qu’on est amené à faire quotidiennement dans le social. Il faut remercier la direction qui nous a fait confiance ainsi que les équipes qui ont emboîté le pas et qui voient les résultats extrêmement positifs qui ressortent des avis des usagers, des familles, … Le premier objectif était de sortir des institutions, décloisonner le service qui était dans ses murs avec un fonctionnement qui finalement renfermait les personnes et ne développait pas toute une série de valeurs importantes qu’on essaie de porter comme la mobilité, la rencontre de l’autre, créer du lien social. Ce n’est pas en institution qu’on y arrive, c’est en ouvrant les portes, en prenant des risques parfois aussi et en allant principalement vers l’extérieur.

On parle ici de services d’accueil de jour donc ce ne sont pas des endroits où l’on réside ?

Stéphane : Non, ce sont trois structures qui prennent en charge et accompagnent les personnes en journée, principalement de 8h30 à 16h/16h30 et qui proposent toute une série d’activités internes ou externes. Il y a parfois des liens entre elles car on a créé de nouvelles activités qui sont portées par les trois services. Il y a des activités de type «sport et loisir », des activités créatives comme de la peinture, de la poterie ou de la confection de bijoux… On ne doit pas non plus oublier tous les aspects communautaires comme la cuisine qui rentre aussi en lien avec le développement des autonomies car il s’agit d’apprendre toute une série d’habilités qui vont permettre à la personne de les transférer dans son milieu de vie et le cas échéant aller vers une certaine autonomie de vie. Alors, on va aussi avoir toute une série d’activités ou d’ateliers qui vont aller dans le sens du développement des autonomies, qu’elles soient de base comme l’hygiène par exemple, mais aussi des autonomies communautaires et résidentielles, avoir un maximum de chances de pouvoir se débrouiller dans son projet de vie le jour où les parents ne sont plus là ou le jour où la personne décide de vivre seule. Quand ce n’est pas possible, d’autres structures de nuit prennent le relais ou alors on peut travailler en partenariat.

Il y a également l’inquiétude des parents de se demander ce qu’ils va se passer quand ils ne seront plus là.

Stéphane : C’est évidemment une préoccupation qu’on ne peut pas nier. On collabore un maximum avec les familles pour ne pas laisser tous ces points en suspens. Ce sont des choses importantes et ce sont des aspects de la vie d’une personne qui sont parfois difficiles à aborder et souvent tabous. Pour moi, aborder la question de l’après parents, c’est déjà un peu tard. C’est quelque chose que l’on doit aborder directement. On doit pouvoir soulever des tabous par moment, sans brusquer et en respectant évidemment les positions des familles parce que nous sommes des professionnels mais nous ne sommes pas dans la vie des personnes. Nous ne sommes pas dans leur quotidien, il y a des histoires là derrière donc on doit accompagner sans juger. Il faut aborder les questions qui font peur, sur le service de Jupille nous venons d’ailleurs de faire un travail sur tout ce qui est vie relationnelle, affective et sexuelle de la personne qui présente un handicap. Ça a été très difficile mais on est arrivé à des résultats très positifs. Ce sont des choses qui font partie de la vie de la personne comme l’envie d’avoir un logement autonome. Il y a des freins probablement mais comment peut-on essayer de trouver des solutions ?

Pour revenir aux trois structures, est-ce que les activités sont différentes et spécifiques selon les services ?

Stéphane : On a une base de fonctionnement où on va retrouver des ateliers transversaux qui vont être des ateliers de cuisine, des ateliers du développement de l’autonomie, des activités comme de la peinture, de la sculpture, … Là, on va en retrouver dans les trois structures. Maintenant, chaque structure a la particularité de se différencier des autres par l’un ou l’autre projet particulier. Notamment sur Jupille où on a développer tout ce qui était approche du théâtre. Donc là, on a une compagnie de théâtre qui se produit tous les deux ans et maintenant, elle est ouverte aux personnes des autres structures qui souhaitent faire du théâtre. Sur Herstal, on a la particularité d’avoir un site sur Hermée qui est un havre de verdure où on va vraiment pouvoir travailler tout ce qui est horticulture, jardinage, bien-être parce que c’est un très bel endroit. C’est reposant et ça permet de reprendre contact avec la nature. Sur Waremme, la particularité est encore différente puisque là, on va vraiment avoir une grande implication dans la communauté. C’est-à-dire qu’il y a des liens qui sont créés avec des services sociaux et là, les personnes peuvent réaliser des repas et les livrer et cela crée du lien. Les personnes peuvent aussi venir partager le repas avec les bénéficiaires du service donc on est vraiment dans la création de lien social.

Quand on pense activités on pense peut-être d’abord au culturel ou au sportif mais cela couvre des champs bien plus vastes.

Stéphane : Notre réflexion au niveau du consortium est vraiment d’avoir une offre de services la plus grande possible. Mais aussi de prendre en charge les personnes dans leur singularité avec leurs attentes, leurs envies, leur projet, leurs souhaits, leur histoire évidemment aussi. On doit prendre en compte tout cela, on doit écouter les personnes. Pour moi, dans une structure d’accueil de jour, la personne doit vraiment être au centre et l’institution doit tendre à répondre aux besoins de la personne. D’où le panel de services le plus vaste possible, pour essayer de s’adapter. Parfois, ce n’est pas possible et quand ce n’est pas possible, il y a d’autres services partenaires qui prennent le relais et qui assurent la continuité des choses.

Je pense que dans nos secteurs, la difficulté reste les moyens et il faut savoir que la plus grande difficulté pour nous, en élargissant l’offre de services et en travaillant vers les projets des personnes et la désinstitutionnalisation, c’est aussi de pouvoir donner la chance au plus grand nombre d’intégrer une structure et peut-être de rebondir vers d’autres projets en partenariat avec d’autres services. Il faut savoir que les services ont des listes d’attente qui sont souvent très longues, je pense aux parents, aux familles qui vont toquer à toutes les institutions où on leur rabat toujours le même discours en disant « Oui, mais vous devez attendre deux ans ou trois ans ». La famille a souvent besoin d’une réponse et de temps car on a des parents qui travaillent ou qui doivent arrêter de travailler quand il y a la sortie de l’école, etc. Donc des moyens oui, mais des services qui vont pouvoir prendre en charge les personnes et aujourd’hui, je pense qu’on bricole pour essayer de trouver des solutions. Ce n’est pas toujours simple mais si je devais envoyer un seul discours ce serait « Soutenons les familles, essayons d’avoir des moyens pour ouvrir de nouvelles structures ». je ne suis pas naïf non plus, je sais qu’on est dans un contexte socio-économique qui est difficile pour le moment mais ça passera par là.

Est-ce qu’il y a aussi un travail fait au niveau d’une insertion professionnelle ?

Stéphane : Nous travaillons prioritairement, comme je l’ai dit, sur le projet de la personne et bien évidemment l’accès au travail, à la valorisation par le travail parce que dans notre société c’est quelque chose d’important, c’est quelque chose qui revient régulièrement sur le tapis. D’un point de vue travail et pécunier, on a encore beaucoup de réserve parce qu’il y a une allocation de remplacement. Je pense que le cadre légal n’est pas très clair par rapport à tout cela donc c’est un terrain sur lequel on ne s’aventure pas encore de trop. Mais on active d’autres leviers comme le bénévolat, donc on est dans la reconnaissance d’un rôle social, d’une utilité. C’est sûr que tout travail mérite salaire, maintenant on est encore dans un contexte qui est peut-être un peu difficile par rapport à cela.

Pour toutes les informations sur les différents services d’accueil présentés dans cette interview, n’hésitez pas à suivre ce lien. Vous pouvez également retrouver cette interview en podcast via ce lien.

Justine

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